Et si l'erreur en entreprise était une chance ?




J'ai commis des erreurs durant ma vie professionnelle. J'en fais toujours.

Des erreurs d'inattention, c'est ce que je fais le plus souvent. 

Boss : "Roseline, dis moi tu as envoyé le test de personnalité à la candidate X pour le poste de chef de projets SIRH ?"

Moi : "Non. J'attends de recevoir sa synthèse d'entretien pour ensuite lui envoyer le test de personnalité. C'est ce que tu m'as dit de faire non ?"

Boss : "Non. Justement, je t'ai expliqué que c'était pas très grave de respecter la procédure... Tu ne t'en rappelles pas ?"

Moi : "Ah ouii c'est vrai... Je m'en occupe alors. - pourtant j'étais sûre qu'il m'avait dit... -"

Il m'arrive d'oublier des choses. Loin de là l'idée de ne pas respecter les directives de mon responsable. Parfois, j'ai des oublis parce que ma concentration chute à certains moments de la journée. Notamment lors des réunions de plus d'1 heure. On dit qu'au délà de 45 minutes l'être humain n'arrive plus à se concentrer. Comme si notre cerveau était ailleurs, en promenade sûrement...

Des erreurs au travail, j'en ai fait d'autres. Certains diront qu'elles sont banales. D'autres diront qu'elles sont ridicules pour une RH.

Lors d'une précédente expérience, j'ai donné une réponse négative à une candidate alors qu'elle avait été sélectionnée... Tous les RH ont commis cette faute au moins une fois dans leur vie. Mais ils ne vous le diront pas. Ils seront muets comme une carpe. Compréhensible. Je faisais pareil jusqu'à aujourd'hui.

Moi j'ai décidé de vous confier mes boulettes. De vous les écrire. A mon travail actuel, j'ai commis les erreurs suivantes pas plus tard qu'il y a trois semaines :
  • Ecrire dans une offre d'emploi de chargé.e de webmarketing, le niveau hiérarchique suivant : directeur - ça n'a pas empéché les gens de postuler -
  • Envoyer un mail négatif avec le mauvais prénom et nom de la personne - ça craint je suis d'accord avec vous... -
  • Fixer un entretien un jour férié - remarque la candidate ne savait pas non plus que c'était férié vu qu'elle avait accepté -

Suis-je incompétente ? Nulle ? Une mauvaise RH ? Pascale, Elisabeth et Mehdi vous répondraient oui. Hugo, Moussa et Nadine affirmeraient : "ça peut arriver à tout le monde". A ceux-là je dirais MERCI ! Ils ont compris que l'erreur est humaine. Certes, ça peut sous-entendre un manque de professionnalisme. Certes, ça peut entâcher la marque employeur de l'entreprise. En vérité, il n'y a pas mort d'homme. La terre continuera de tourner.

Etaler les erreurs que l'on commet sur la place publique, peu de personnes le font. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais pourquoi est-ce si inconfortable de parler de ses erreurs ?


Lorsque l'erreur est là, la punition n'est jamais loin...

L'erreur a toujours été mal vue en France. Nous avons grandi avec l'idée que l'erreur conduisait à une punition. Comme des jumeaux, l'erreur et la sanction seraient inséparables.
Vous souvenez-vous de ces dictées où la moindre faute vous coûtait 2 points en moins sur votre copie ? Cruelle ce genre de dictées. Mon regard d'adulte est choqué. Vous ne gagnez pas de points mais en plus vous en PERDEZ. Pourquoi ? Parce que vous avez essayé d'écrire correctement un mot. 


Et si l'erreur était une chance ? RH qui vous veut du bien
Je te comprends elle donne vraiment pas envie cette dictée...


Est-ce possible un milieu professionnel qui accepte l'erreur ?
Un environnement de travail qui encourage les salariés à faire des erreurs ?
Le droit à l'erreur sera-t-il possible un jour dans les entreprises françaises ?


Parlons franchement faire une connerie ce n'est pas sexy. Notre petite personne n'est pas mise en valeur. Notre égo en prend un coup.

Vous : "Je pensais pouvoir être parfait et faire mon travail sans la moindre erreur !"

Autre Vous : "Ben non. Tu t'es planté.e ! Encore une erreur ! T'en fais beaucoup dis donc !"

Soyons pragmatiques 2 minutes. Se tromper dans un document, un mail, un projet ça VOUS fait perdre du temps. Mais aussi à VOTRE boss, VOS collègues, VOTRE client. Bref à toute l'entreprise. Qui dit perte de temps dit perte d'argent. Or nos entreprises sont en chasse contre les temps morts - vous savez la pause clope, pause goûter, pause potins, pause pipi -. Il paraît que nous passons plus de 6 mois (188 jours pour être précise) à la machine à café au cours de notre vie professionnelle. Les ultra-capitalistes vont grincer des dents !


Il est temps de renverser la vapeur, de changer nos schémas de pensée. L'erreur a aussi ses vertus. L'erreur peut être une bénédiction. Je vous l'assure. Vous ne me croyez pas ?


Ce n'est pas l'erreur qui compte. Ce qui importe c'est votre réaction face à cette erreur...



Sans erreurs : pas d'inventions



Un accident, une mauvaise manipulation ou bien une erreur de dosage...
Si je vous parle des post-it, des corn flakes ou bien des chips ? Le point commun entre ces éléments ? L'erreur.
Prenons l'exemple des chips. George Crum, cuisinier afro-américain, voulait faire un plat de pommes de terre frites pour un de ses clients. En coupant trop finement ses pommes de terre et en les laissant cuire trop longtemps, il se retrouva avec des chips croustillantes. Flemme de recommencer, il les servit quand même au client. A sa grande surprise, le client apprécia ! La chips est aujourd'hui l'un des biscuits salés les plus vendus dans le monde. Cela fait réfléchir...


Et si l'erreur était une chance ? RH qui vous veut du bien
J'ai comme une envie de faire des erreurs plus souvent !

Toutes ces inventions sont américaines ? Pur hasard ? Je ne pense pas. Le "test and learn" (teste et apprend) fait partie intégrante de la culture américaine. Dans le pays où "tout est possible", l'erreur est acceptée et même encouragée.

Pour les américains, l'important n'est pas d'éviter la bêtise mais d'accepter la situation et de réagir positivement. Ce n'est pas la peur de mal faire qui développe notre créativité. C'est la prise de risque. Empêcher ces inattendus tue à petit feu notre créativité.

Ed Catmull, fondateur du studio d'animation Pixar, l'explique dans son ouvrage Creativity Inc : "Dans une culture fondée sur la peur [...] tout le monde va éviter le risque, consciemment ou inconsciemment. Les employés chercheront plutôt à répéter quelque chose de sûr. Leur travail ne sera pas innovant. Mais si vous pouvez favoriser une compréhension positive de l'échec, c'est exactement le contraire qui se produira."

Et oui ce sont les expériences ratées qui vous poussent à sortir de votre zone de confort. Ce sont vos erreurs, vos bêtises qui vous poussent à concevoir un plan B, C, D.



Sans erreurs : pas d'apprentissage



Dites-moi franchement :

  • Aviez-vous toutes les connaissances théoriques avant de postuler à un emploi ? 
  • Saviez-vous écrire une lettre de motivation hyper convaincante lors de votre entrée sur le marché du travail ?
  • Saviez-vous exercer parfaitement votre métier au début de votre carrière ?  
  • Saviez-vous effectuer une division SANS FAUTES la première fois que vous avez essayé ?
  • Saviez-vous directement marcher lorsque vous étiez bébé ?

Aucun bébé n'a pu marcher sans tomber plusieurs fois. Aucun bébé n'a su correctement marcher dès la première fois.



Et si l'erreur était une chance ? RH qui vous veut du bien
Tu en as marre de tomber ? Ne t'inquiète pas, tu vas y arriver ! On est tous passé par là...

Etant petite, je me souviens avoir mis du temps avant de comprendre les divisions et les règles de trois. Qu'est-ce que j'en ai fait des calculs faux ! Mais je suis toujours là. J'ai même eu 16 en mathémathiques au Bac. Aujourd'hui, je suis une vraie pro de la règle de trois ! Le destin fait drôlement les choses ^^


L'expérience est le mot par lequel les hommes désignent leurs erreurs.
Douglas Kennedy (1998)


Sans erreurs : pas de vie 



Nous faisons TOUS des erreurs. Et ce depuis la petite enfance. Cela continuera jusqu'à notre mort. Nous ne pouvons rien faire contre cela. Alors acceptons cette évidence à l'école mais surtout en milieu professionnel.

Aujourd'hui, j'ai compris que la perfection n'existe pas. Cela m'a pris 29 ans. Je suis de nature perfectionniste. J'ai toujours agi en voulant atteindre l'excellence, le summum, le sans-faute. Je m'imaginais dire :

"Ahh j'ai réussi ! J'ai mené cet entretien de recrutement sans faute ! J'ai vanté les mérites de l'entreprise comme il le fallait. Je n'ai oublié aucune question : mon candidat m'a donné toutes les informations nécessaires en moins d'une heure. J'ai réussi à créer un moment d'échange où règnait la confiance et la transparence. De plus, la négociation a été menée avec brio. J'ai respecté le budget initial. Mon candidat n'est plus intéressé par les autres entreprises, il veut à tout prix rejoindre ma société et ce dès la semaine prochaine. Top ! Le responsable recrutement va être content !"

Il est l'heure de se réveiller. En réalité rien ne se passe comme prévu. Or dans mon esprit - et dans l'esprit collectif - réussite rime avec perfection.

  • Aucun couac durant la réunion de présentation de la stratégie commerciale : réussite
  • Pas de bafouillement, d'hésitation ni de regard fuyant durant votre entretien : réussite
  • Pas de chute lors d'un défilé de mannequin : réussite !

Ce qu'on oublie c'est que cette réunion ne s'est pas faite en un jour. Pendant des heures, les participants ont préparé leur speech pour que cette réunion se déroule bien. Chacune de nos actions est séquencée en des milliers de tâches. On répète, on répète les mêmes tâches pour arriver à un résultat convaincant.

Cette société est un piège. Elle médiatise les réussites des comédiens, hommes politiques, chanteurs, écrivains... Elle cache toutes les étapes par lesquelles ces personnalités sont passées : mauvais choix professionnels, échecs scolaires, licenciements, bides télévisuels, mauvaises rencontres etc. Ces personnalités n'auraient peut-être pas connu la réussite si elles n'étaient pas passées par toutes ces péripéties.



Se défaire du regard de l'autre ?



Longtemps, je me suis comparée aux autres. Mes copains d'école primaire qui avaient de meilleures notes en Histoire, mes camarades de classe du CELSA qui avaient une plus grande aisance orale, mes amies qui avaient rapidement trouvé un emploi à la sortie de l'école, mes collègues qui connaissaient mieux les règles sociales en entreprise... C'était une erreur. L'aisance orale était facile pour mon ancien camarade de classe. Mais le rédactionnel était difficile pour lui. Pas pour moi. Il n'y a pas matière à comparer. Chacun ses atouts.

OK j'ai fait des erreurs de casting dans certains de mes recrutements. Mais mes collègues ont fait d'autres bourdes. Même s'ils ne le disent pas.

OK j'ai fait l'erreur de ne pas m'ouvrir aux autres lors de mes premiers stages. Mais les autres se sont plantés sur d'autres choses.

Il n'existe pas d'antidote contre l'erreur. Tout le monde porte le virus. En prenant conscience de cela on relativise et ça va beaucoup mieux !


Et si l'erreur était une chance ? RH qui vous veut du bien
Je fais des erreurs c'est normal docteur ? Oui tout va bien !



Qu'est-ce qu'on en fait des erreurs au travail ?



Acceptons cette maladie humaine contre laquelle on ne peut rien faire. En attendant que les robots prennent définitivement notre place en entreprise, il va falloir trouver des solutions. Des solutions pour composer avec nos erreurs. Des solutions pour continuer à travailler, tous ensemble, avec cette foutue maladie. Nous avons REELLEMENT besoin de modifier nos réactions face à l'erreur.

J'imaginerais bien mettre en place des moments d'échange où on déballe tout ! On décortiquerait toutes les erreurs faites au cours de la semaine ou du mois.
 Je vous explique le principe : pendant 1 heure, au cours d'un petit déjeuner ou d'un afterwork, les salariés souhaitant participer, pourraient décrire les erreurs commises en expliquant le contexte, l'action fautive, les difficultés rencontrées et l'action qu'ils auraient préféré faire.
Bien sûr les managers et les directeurs seraient invités à ces moments d'échange. On l'oublie mais ils font aussi des erreurs au bureau...



J'aime bien cette idée parce que ça remet l'erreur dans un contexte collectif. Les salariés peuvent décomplexer par rapport à ça. L'erreur n'est plus une affaire individuelle. Fini l'impression d'être le vilain petit canard de l'équipe qui rate tout lorsque les autres ont l'air H24 performants !
Les réussites sont toujours mises en valeur dans le milieu professionnel. Pourquoi ne pas montrer les erreurs qui font partie de la vie en entreprise ?


Une autre proposition qui me plairait bien : instaurer des "mistake day". Qu'est-ce que c'est que ça ? Des journées où toutes les erreurs sont possibles sans aucune sanction par la suite ! 1 fois par an pour comencer puis 1 fois par trimestre. L'entreprise pourrait commencer par des "mistake time" de 2 heures et progressivement aller vers le "mistake day".


Les équipes IT des start-up l'ont déjà compris. Les développeurs ont des temps durant lesquels ils testent de nouvelles idées, de nouvelles pratiques sans se soucier des conséquences de leurs actions. L'erreur est permise voire même privilégiée. Le "test and learn" permet d'échouer plus rapidement donc d'apprendre plus rapidement. Les équipes Marketing pourraient tester un nouvel outil de communication digitale. Les équipes commerciales pourraient essayer une nouvelle manière de prospecter des clients. Les équipes RH pourraient tester le recrutement de profils atypiques ou de profils décalés par rapport à un emploi vacant.


Contrairement à ce que l'on pense, ces temps dédiés à l'erreur permettraient de faire gagner du temps à l'entreprise. Surtout sur le long terme. Pourquoi ? Parce qu'avec l'apprentissage en temps réel, les salariés découvrent de nouvelles façons d'effectuer leur travail. Ils découvrent des alternatives. Ils finissent par trouver les réponses aux questions qu'ils se posaient. En 1 mois au lieu d'1 année.



J'entends de plus en plus d'entreprises prôner l'agilité dans leurs discours. Mais concrètement, qu'est-ce qui est fait ? En vérité, rien. Accepter l'erreur en entreprise et dédier des temps à l'erreur, c'est une manière d'entrer dans l'agilité. Il est venu le temps de repenser nos méthodes de travail classiques. Elles ont tendance à automatiser nos comportements, nos cerveaux, plutôt que de les développer...


A quand une organisation et un management qui prennent en compte nos spécificités humaines ? Doit-on continuer à s'adapter à l'entreprise ou doit-elle désormais s'adapter à notre humanité ?

Je revendique mon droit à l'erreur au travail ! Ma décision est prise. Et la vôtre ?





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4 commentaires :

  1. Ah ah bien joué Roseline j'aime beaucoup cet article !
    C'est de plus en plus profond et je t'encourage à continuer dans cette voie-là ;)

    Zoubi

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    1. Merci l'anonyme pour ce commentaire encourageant !
      Et oui je me dévoile de plus en plus pour mon plaisir et celui de mes lecteurs/lectrices. Je veille à toujours respecter ma devise : 0 langue de bois !

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  2. J'aime beaucoup cet article. Ca me decupabilise ! :) Quand on a l'impression qu'on est la seule a faire des erreurs, se rappeler que ca n'est pas vrai et qu'on a toujours les qualites de ses defauts !

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    1. Bonjour Fan,
      Non vous n'êtes pas la seule non non ! Enlevez ça de votre tête !

      J'aime bien votre dernière phrase ! J'ajouterai que nos défauts peuvent devenir des qualités. Selon les personnes, selon les situations, le négatif est percu comme positif. Tout est relatif. J'en parlerai dans un prochain article ! 😉

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